« Pourquoi ça ne fonctionne jamais ? La télé, le lecteur DVD, le cinéma maison ! Trois télécommandes pour pouvoir regarder mon DVD ! Mais que sera donc demain ? » rageait papa.
« Marie-Pierre, ma chouette, on m’a dit que tu étais capable de faire jouer ton DVD de la petite princesse toute seule ? Non, c’est vrai ? Montre-moi, tu veux ? » demanda papa avec douceur à sa fillette qui savait déjà manoeuvrer les télécommandes avant même d’avoir appris à lire.
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Le monde dans lequel nous évoluons quotidiennement est en changement perpétuel et une des clés essentielles de notre survie est l’adaptation. Nous savons tous qu’il en est de même en milieu de travail.
Au regard des nouvelles technologies qui ne cessent d’évoluer, des changements organisationnels qui imposent un renouveau permanent des procédés et des processus, nous devons nous adapter pour demeurer compétent. Un bon moyen d’y parvenir consiste à adopter une attitude d’apprentissage à vie, où il est possible d’acquérir des connaissances et des compétences auprès des nombreuses ressources humaines et matérielles qui nous entourent.
« Mais comment vais-je faire pour placer ma commande ? Je n’ai jamais fait cela de ma vie ! Moi, j’étais réceptionniste avant et tout allait bien ! » s’exclama Simone qui venait d’être mutée à un nouveau poste sans l’avoir sollicité.
« Simone, ce n’est pas compliqué, on est tous passés par là, je vais te montrer. Si tu as des problèmes, je suis là, à côté, ne te gênes pas, ça me fera plaisir de t’aider. Tiens, voici le guide des procédures. Ça pourra aussi te guider. Il faut prendre le temps de faire les choses correctement, sinon elles finiront toujours par te rattraper, au centuple. » lui répondit Dolores, sa nouvelle collègue de travail, doyenne du département.
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Nos proches, nos amis, nos collègues de travail, ou n’importe qui d’autre possédant une certaine expertise peut nous aider directement ou indirectement dans notre démarche, qu’elle soit personnelle ou professionnelle.
« Mais ce n’est pas de cette manière qu’on a appris à l’école, moi je ne sais plus comment faire ! Ce n’est plus pareil du tout ! » signifia Maurice un peu découragé à son chef d’équipe.
« Ce qu’on t’a montré sur le banc d’école est toujours bon. L’école a sa mission propre, la formation est générique. Mais ici, tu dois appliquer ce que tu as appris en l’adaptant au contexte de travail. Nous sommes une entreprise de services. Nous devons livrer nos produits selon les standards du client. Comme chaque client est particulier, ça change à chaque fois, c’est ça le défi de chaque projet. On est une équipe, on travaille en équipe, et on est là pour t’aider, non? » lui répondit Marcel, son chef d’équipe, en lui donnant une petite tape dans le dos en guise d’encouragement.
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Le milieu académique ne possède pas l’exclusivité en matière de connaissance et de développement de compétences. Nous pouvons (et devons) également apprendre par le biais de nos activités professionnelles. L’un complète l’autre en ce sens que nous utilisons les capacités et connaissances acquises au cours de notre formation et les transformons par la suite en compétences professionnelles, car il ne faut jamais perdre de vue que c’est au travail, dans le feu de l’action, que la compétence se manifeste.
(Guide des tuteurs en entreprise, Europe Vocation, 2004)
C’est pourquoi « le travail est considéré comme un élément clé de la transmission et de l’acquisition des compétences ». (Conjard, Devin, Olry, 2006)
L’une des formes les plus utilisées pour la formation en entreprise des nouveaux employés ou la transition vers de nouvelles fonctions est le « tutorat », communément appelé « coaching en entreprise » pour plusieurs. Le tutorat en entreprise constitue une excellente pratique de pédagogie intégrée aux situations de travail, qui s’inscrit dans la réponse aux problématiques d’évolution des organisations, de la mobilité professionnelle et de la pénurie de compétences ressentie dans de nombreux secteurs d’activités.
Chaque individu étant différent, chaque contexte de travail étant particulier, le tutorat s'avère une formule pédagogique très efficace qui permet le transfert de connaissances et l’acquisition de compétences sur une base individuelle et personnalisée, dans la mesure où cette activité d’accompagnement est utilisée à bon escient et réalisée dans des conditions qui le permettent.
(Accompagner les personnes en difficulté dans l’emploi, 2005)
1- Qu'est-ce que le tutorat ?
Les spécialistes en formation s’accordent pour définir le tutorat comme :
« Une relation composée d’une part d’un expert possédant une compétence pertinente, qui est capable de transmettre ses savoirs, et d’autre part d’un apprenant qui souhaite acquérir la compétence ou les connaissances en question. Cette formule est utilisée couramment pour appuyer de nouveaux employés ou des employés à qui on a confié de nouvelles responsabilités dans le cadre d’un plan d’apprentissage lié à la planification de la relève, et visant la conservation de la mémoire organisationnelle et l’aide donnée aux employés pour améliorer leur rendement et les compétences et capacités clés. »
(SCTC, Appui d'une organisation favorisant l'apprentissage, Ottawa, Août 2007)
Le tuteur est un professionnel de l’entreprise qui encadre l’apprenant et lui transmet la pratique du métier, ainsi que tout ce qui l’accompagne depuis le comportement au travail jusqu’à l’environnement économique et les habitudes de la profession. Le tuteur constitue un élément majeur de socialisation, de transmission des valeurs, d’appropriation des savoir-faire opérationnels et de développement des compétences. Le tuteur est là pour accompagner, guider la personne jusqu’à l’autonomie. On parle de tutorat quand « un apprenant est mis en doublure, de façon plus ou moins permanente, avec un professionnel compétent, qui se centre sur le transfert de ses propres compétences » .
Dans un cadre professionnel et organisationnel, la fonction des tuteurs peut sembler difficile à cerner tant elle apparaît floue, variable d’une organisation à l’autre, ne répondant à aucune norme commune de statut, de contrôle et de formation.
(Le tutorat en entreprise, CREFOR, 2009)
2- Les enjeux du tutorat
Les nouveaux enjeux du tutorat
La formule « classique » du tutorat mettant en présence un « ancien » et un « jeune » dans le cadre d’une relation fondée sur l’autorité et la légitimité naturelle du plus « ancien » n’est plus vraiment adaptée aux situations de travail actuelles, notamment pour les raisons suivantes :
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Les situations professionnelles changent trop rapidement, et même dans le cadre d’un même métier, on sait que les générations futures ne travailleront pas comme les précédentes. |
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Les jeunes entendent trouver leur propre manière de faire, d’autant qu’ils disposent souvent d’une qualification largement supérieure à celle de leurs aînés. |
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L‘enjeu du tutorat dans les organisations du travail actuelles consiste à mettre en oeuvre et à utiliser la complémentarité des talents entre « jeunes » et « anciens ». |
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Les « anciens » ont l’expérience des situations de travail, ce qui leur permet de faire face aux différents aléas, de gérer les différentes ressources dans des conditions optimales, de mettre en oeuvre des savoir-faire de prudence permettant de préserver leur santé et d’éviter les accidents. |
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Les « jeunes » disposent quant à eux de connaissances actualisées acquises au cours de leur formation initiale concernant les modes opératoires, les techniques, les matériels, etc. |
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(Réussir le tutorat en entreprise, Actal, 2008) |
Cinq types de tutorat sont identifiés dans la littérature et révèlent différents enjeux pour les organisations :
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L’intégration : le dispositif du tutorat d’intégration insère le salarié dans un collectif de travail. Il s’agit pour le tuteur de présenter et de placer le nouveau salarié dans l’activité de l’organisation. La phase d’intégration est une étape déterminante de la socialisation organisationnelle. La pertinence de cette phase détermine, en partie, la fidélité des nouveaux embauchés. Le tuteur est également présent pour réduire la possible « déstabilisation » du nouvel arrivant lors de son entrée dans l’organisation et l’aide à donner du sens aux situations rencontrées. En effet, s’intégrer est un véritable travail, source d’efforts importants pour les individus concernés. |
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L’insertion : recouvre les situations de formation non qualifiantes dans lesquelles se trouve l’apprenant. Ce type de tutorat est également qualifié de tutorat de socialisation. Pour l’essentiel, ces dispositifs de tutorat d’insertion sont mis en place à l’intention de publics « menacés » et désignés comme « prioritaires » dans l’action des pouvoirs publics : jeunes sortis sans qualification du système éducatif, chômeurs, etc. On constate que plus encore que le tutorat, c’est l’immersion en situation de travail qui constitue la pièce essentielle de ce type de dispositifs. |
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L’adaptation : les organisations qui doivent faire face à des évolutions technologiques et organisationnelles cherchent à ajuster les compétences de leurs salariés par le tutorat d’adaptation. Le tuteur « tend alors à intervenir à la fois comme modèle professionnel facilitant le développement et le transfert de compétences en situation de travail réelles, et comme agent d’intégration dans l’entreprise ». |
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La mobilité : par le tutorat de mobilité, l’organisation souhaite accompagner les parcours professionnels, en préparant les salariés concernés aux exigences des fonctions qu’ils vont ou qu’ils viennent d’intégrer. |
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Le transfert : le tuteur est l’artisan d’une démarche visant à transférer des compétences en situation de travail. L’organisation veut ainsi conserver les compétences clés qui composent sa mémoire collective en mettant en oeuvre un tutorat de transfert . |
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(Le tutorat en entreprise, CREFOR, 2009) |
Ainsi se termine la première partie de cet article. Dans la prochaine section, nous aborderons les points suivants :
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Quelle est la mission du tuteur en entreprise ? |
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Comment le désigne-t-on ? |
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Sur la base de quelles compétences ? |
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Quel serait le profil idéal ? |
Et finalement, dans la dernière section de cet article, nous verrons comment mettre en œuvre un dispositif d’accompagnement par tutorat.
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