Édition du 4 novembre 2009
 
PARLONS COMPÉTENCES
 
APPRENTISSAGE EN MILIEU DE TRAVAIL
- Le tutorat -
 
Section 2
 

La complexification des emplois et la rapidité d’évolution de la technologie de ces dernières décennies ont fait que la formation est redevenue un élément très important de survie et de croissance des entreprises.  Avec le temps, les emplois deviennent de plus en plus complexes et requièrent des connaissances de plus en plus poussées, d’où l’apparition manifeste du phénomène d’inflation des compétences. Les compétences acquises en entreprise sont « dégradables », c’est-à-dire qu’elles perdent progressivement leur pertinence et leur utilité jusqu’à ce qu’elles deviennent complètement obsolètes.  (Rivard P., 2007)

Figure 1  :  Tendances augmentant la non-compétence au sein des organisations
(Bouteiller P., 1997)

Plus l’écart à combler sera important : plus cela prendra du temps à remonter la pente; plus les coûts engendrés pour remonter seront élevés; moins les chances seront grandes de parvenir à combler les écarts en totalité; plus les coûts directs et indirects de la non-compétence accumulée auront des chances de se matérialiser; et plus l’entreprise ou l’individu auront été vulnérables longtemps. (Bouteiller P., 1997)

Comme nous l’avons vu dans la section #1, le tutorat en entreprise (coaching) est une formule pédagogique très efficace qui permet de combler le manque de compétence au sein d’une entreprise, que ce soit pour la formation en entreprise des nouveaux employés ou la transition vers de nouvelles fonctions.

Un tuteur intervient tant au niveau technique que socioprofessionnel :

-

À l’apprentissage d’un métier ou à l’acquisition d’une qualification : le tuteur est un professionnel reconnu, qui doit transmettre des savoir-faire techniques.

-

À un parcours d’insertion professionnelle : le rôle du tuteur est avant tout d'écouter, de dialoguer et d'accompagner en s'appuyant sur des actes professionnels. Il participe à l'insertion sociale du tutoré en l'aidant à construire ou à valider un projet professionnel.
 

(CRI Greta du Velay, 2005)

 

3- Mission du tuteur

Le tuteur joue un rôle central dans la réussite de la période d’intégration en entreprise ou d’intégration à de nouvelles fonctions. C'est lui qui présente les caractéristiques du métier au tutoré et qui facilite son intégration dans le milieu professionnel, en lui faisant découvrir ou redécouvrir le monde du travail et ses exigences.
(Boru J.J., Leborgne C.,1992)

Les missions des tuteurs varient en fonction des apprenants concernés et de l’organisation du tutorat dans l’entreprise (selon sa taille, son activité, sa culture, son système hiérarchique et son secteur d’activité). Cinq missions peuvent être distinguées au sein de la pratique tutorale en entreprise : (Lecoeur E., 2008)

1-

Participer à la conception du parcours de professionnalisation et l’adaptation à la situation de la personne;

2-

Intégrer « le tutoré » à l'environnement professionnel;

3-

Transmettre des compétences professionnelles en situation de travail;

4-

Coordonner les acteurs du parcours de professionnalisation;

5-

Participer à l'évaluation des acquis du parcours de professionnalisation.

L’employeur doit permettre au tuteur de disposer du temps nécessaire pour exercer ses fonctions et se former. (Tutorat en entreprise, 2007)

Apprendre un métier constitue un long processus qui engage non seulement le formé mais aussi le collectif de travail. Le Bortef (2006) considère que, dans ses missions, le tuteur poursuit les objectifs principaux suivants :

1-

Faire acquérir une maîtrise autonome des gestes ou pratiques professionnelles au sein de l’entreprise, tant au niveau des savoir-faire que des attitudes au travail (savoir-être);

2-

Développer la compréhension des gestes professionnels;

3-

Mettre en évidence les « savoirs y faire » du métier (trucs, ficelles du métier, tours de main, etc.) et entraîner à les acquérir ou à les consolider.

Dans une entreprise, la logique qui prévaut est celle de la production. Le rythme de travail, l’organisation, les locaux, etc. sont conçus dans le cadre de cette logique. La formation d’un stagiaire ou d’un salarié récemment embauché sera organisée sur les bases de cette obligation quotidienne de produire des résultats. La principale préoccupation du tuteur sera de placer la personne qui a besoin d’acquérir des compétences spécifiques dans des situations formatives. Il est hors de question d’arrêter la production, de créer des salles de cours ou de transformer les salariés en professeurs.

Le problème est donc le suivant : comment transformer une situation de travail en une situation de formation? Transformer un travail en acte formatif signifie choisir et préparer des séquences de travail, laisser la personne effectuer le travail sous contrôle et évaluer avec elle la manière dont elle a exécuté ces séquences de travail. Les étapes suivantes sont donc à prévoir : (Guide des tuteurs en entreprise, 2004)

1-

Préparer la séquence de travail;

2-

Expliquer et montrer le travail à exécuter;

3-

Laisser l’apprenant effectuer le travail sous observation;

4-

Faire avec lui le bilan de l’exécution de la séquence.

 

4- Compétences / profil du tuteur

Le tuteur est désigné par l'employeur, sur la base du volontariat, parmi les salariés qualifiés de l'entreprise, en tenant compte de leur emploi et niveau de qualification. Ces derniers doivent être en adéquation avec les objectifs retenus pour l'action de formation. (Tutorat en entreprise, 2007)

Accepter d’être tuteur nécessite une réflexion sur son activité, ses pratiques et les activités de l’entreprise. Il faut savoir transformer la situation de travail en situation d’apprentissage.

Le tuteur doit :

-

Faire preuve de compétences techniques;

-

Savoir formaliser l’information technique et fonctionnelle;

-

Organiser le travail du tutoré et gérer son propre temps de travail;

-

Assumer sa charge de travail.

Le tutorat est donc une activité non planifiée qui se réalise dans la situation de travail. On constate que la fonction tutorale met en lien des connaissances théoriques, des pratiques procédurales avec des savoir-faire concrets, des attitudes comportementales et relationnelles.

Les multiples facettes de la fonction tutorale nécessiteront parfois de la part de l’entreprise l’éclatement de la fonction en différents niveaux, et pourront être assumées par plus d’une personne :

-

Le tuteur hiérarchique qui répartit le travail est responsable de la personne et assure le lien avec l’organisme de formation;

-

Le(s) tuteur(s) opérationnel(s) qui explique, montre et évalue les tâches.
 

(CREFOR, 2009)

De même que le tutoré doit acquérir des compétences professionnelles (savoirs, savoir-faire et savoir-être), le tuteur doit mobiliser des compétences pour exercer son activité.

Elles peuvent se décliner en trois catégories :

-

Les compétences relationnelles;

-

Les compétences pédagogiques;

-

Les compétences managériales.

Les compétences relationnelles
Liées aux activités d'accompagnement, ce sont celles que vous devez privilégier. En effet, le tuteur doit être capable de :

-

Établir et entretenir des relations avec le tutoré;

-

Identifier ses caractéristiques et repérer les éventuelles inadéquations avec le milieu de travail;

-

Créer des situations de communication dans un contexte respectant les relations hiérarchiques et les critères de productivité;

-

Comprendre le rôle de la communication dans la culture;

-

Savoir reconnaître les variables culturelles;

-

Encourager et soutenir le tutoré face aux difficultés et en rechercher les causes;

-

Prendre en considération les rôles différents de chaque individu dans une équipe;

-

Transformer des relations de concurrence en relations de partenariat.

 


Les compétences pédagogiques
Pour construire le parcours de formation et mettre en place des situations de travail formatrices, le tuteur doit être capable de :

-

Définir les différents aspects de son métier (techniques utilisées, succession des tâches) et les présenter au tutoré;

-

Définir et présenter l'organisation du travail et de la production en situant le poste dans le processus général;

-

Déterminer des objectifs de formation et un plan d'apprentissage adapté aux compétences de la personne;

-

Organiser et animer une séquence de formation;

-

Analyser une séquence de travail à la fois en terme de résultat attendu et de démarche à suivre;

-

Définir les objectifs pédagogiques de l'évaluation en collaboration avec la structure d’insertion;

-

Favoriser l'émergence d'un projet professionnel adapté aux compétences du tutoré;

-

Adapter autant que possible les situations de travail dans l'entreprise au programme de formation suivi par le tutoré.

Les compétences managériales
Reconnaître le tutorat en tant que fonction de l'entreprise signifie prendre en considération les différentes interactions qui en résultent. À ce niveau, le tuteur doit être capable de :

-

Percevoir les différents systèmes d'acteurs (à l'interne et à l'externe) dans lesquels le tutoré devra interagir (enjeux et stratégies);

-

Adopter une démarche stratégique pour organiser l'apprentissage (quels sont ses besoins, qui peut les satisfaire, quels moyens mettre en oeuvre?);

-

Coordonner l'évaluation en collaboration avec les différents partenaires;

-

Mettre en place une stratégie d'évaluation en tenant compte des différents éléments (partenariat des acteurs, contexte, co-évaluation);

-

Associer les acteurs de la structure d’insertion (formateurs, coordonnateurs, directeurs, etc.) à sa démarche.

 



5- Sélection des tuteurs

La désignation des tuteurs s'effectue sur la base du volontariat. Choisi par la hiérarchie et la direction ou les services de ressources humaines, le futur tuteur doit posséder une bonne connaissance de l’entreprise, de ses produits et procédures. Il s'agit d'un professionnel reconnu par ses pairs pour son expérience dans le domaine et qui n’a pas forcément de fonction de management. Il possède des qualités de formateur, un sens pédagogique et le goût de transmettre son savoir. Il adhère aux objectifs et valeurs de l’entreprise. Il fait preuve d’une réelle capacité d’écoute et de dialogue.

Cinq critères peuvent aider à la sélection :

-

La capacité du futur tuteur à faire face aux différentes situations rencontrées dans l’exercice de la fonction;

-

Son réseau professionnel qui lui permet de répondre de manière adaptée aux situations;

-

Sa capacité d’initiative dans le choix des actions et des moyens à mettre en œuvre;

-

Son éthique et sa rigueur professionnelles;

-

Son sens de l’écoute et de l’analyse des situations.
 

(Lecoeur E., 2008)

Cependant, dans une activité de tutorat comme dans toute activité de formation, il n’y a pas seulement l’apprenant qui apprend, mais aussi celui qui montre et forme. Par conséquent, dans l’exercice de ses fonctions, le tuteur sera également amené à développer ses propres aptitudes de gestion, de motivation et de communication, à savoir :

Gestionnaire

-

Savoir estimer ses forces et ses faiblesses (est-il coléreux, stressé, etc.?), s’accepter soi-même pour pouvoir accepter les autres;

-

Faire confiance au salarié suivi pour maintenir un climat de confiance dans les situations difficiles;

-

Donner des directives claires et argumentées;

-

Passer du temps avec la personne;

-

Assurer le suivi du travail et son appréciation;

-

Faire des mises au point et résoudre les situations de tension.

Motivateur

-

Avoir une vision du futur et transmettre des objectifs, un plan, un calendrier;

-

S’impliquer fortement dans sa fonction, entraîner, montrer l’exemple;

-

Bien connaître son équipe et personnaliser son style de management;

-

Faire circuler l’information, créer et entretenir un bon climat de travail;

-

Accueillir et intégrer les nouveaux venus dans l’entreprise.

Communicateur

-

Transmettre ses messages dans un langage clair, persuasif et adapté à chacun;

-

Être à l’écoute des besoins de chacun;

-

Établir une relation satisfaisante pendant les entretiens et mener les échanges de manière constructive.

En d’autres termes, le tuteur développe l’estime de lui-même et de son travail, consolide sa capacité à transmettre, prend du recul par rapport à son travail et formalise ses pratiques. (Lecoeur E. 2008)



C’est ainsi que se termine cette deuxième section de l’article sur le tutorat en entreprise. Nous venons de voir que cette forme d’apprentissage en milieu de travail constitue une activité d’accompagnement professionnelle très utilisée qui permet un transfert de compétences à l’interne par le personnel qualifié de l’entreprise. Nous avons également vu que le choix du tuteur ne s’improvise pas.

Dans la troisième et dernière section de cet article, nous verrons comment mettre en œuvre un dispositif d’accompagnement par tutorat. Les points suivants seront abordés :

-

Les éléments clés et facteurs de succès;

-

Les différences culturelles;

-

L’évaluation de la formation.
 
Si vous avez des commentaires sur cette chronique, des suggestions de thématiques à traiter, ou encore des témoignages à faire connaître, n’hésitez pas à nous en faire part.

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Pierre Labonté
Coordonnateur, Services professionnels
plabonte@buscom.ca
 
 
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